Le malouf est la version tunisienne de la musique arabo-andalouse. Son répertoire fut apporté en Tunisie au XVe siècle par les musulmans d'Espagne chassés par la Reconquista. Le mot « malouf » signifie « habituel, d'usage » : le fonds andalou hérité, par opposition aux apports orientaux plus récents.
Musique essentiellement mélodique (sans harmonie) et de transmission orale, il fut longtemps préservé dans les zâwya, les oratoires des confréries religieuses. Au XXe siècle, le baron Rodolphe d'Erlanger (à Sidi Bou Saïd) puis l'association La Rachidia (1934) l'ont sauvegardé de l'oubli.
Cette page s'appuie sur : Manoubi Snoussi, « Initiation à la musique tunisienne, vol. 1 : Musique classique » (CMAM Ennejma Ezzahra).

La musique arabe est microtonale : l'octave se divise en 24 quarts de ton, là où la musique européenne ne connaît que 12 demi-tons.
Outre le ton et le demi-ton, elle emploie un « ton neutre » (environ trois quarts de ton) et des tierces « neutres » — ces nuances font tout le caractère de la mélodie arabe.
Pour noter ces micro-intervalles, on a ajouté à la notation deux signes : le demi-bémol (abaisse d'un quart de ton) et le demi-dièse (hausse d'un quart de ton).
Un mode (tab', pluriel tubû') n'est pas qu'une gamme : il définit une échelle (faite de tétracordes), des notes-pôles (la tonique ou qarâr, la dominante), un parcours mélodique, et un éthos — un caractère, autrefois associé à une heure du jour. Le malouf tunisien conserve treize tubû', souvenir des vingt-quatre modes andalous.
raçd (le mode régulier, de base, à coloration pentatonique tunisienne dite 'abîdî), açbhân, raml al-mâya, dîl, raçd ad-dîl, mâya (consacré au matin), hsîn, açb'în, raml, nwâ (éthos de nostalgie, réputé « séparer les amis »), 'irâq, sîkâ, mazmûm (proche du mode majeur, « serré »).
hsîn-çabâ (langueur et mélancolie), mhayyer-'irâq (airs pathétiques, hymnes mystiques), mhayyer-sîkâ (le type de la chanson citadine tunisienne), ardhâwî (d'origine bédouine, pour le chant déclamatoire).

La rythmique repose sur des cycles (dawr) faits de battements forts — le tum (ou dum), coup sourd — et de battements faibles — le tak, coup clair. C'est la batterie (târ et naghghârât) qui les fait entendre.
Les mesures sont binaires (2, 4, 8 temps), ternaires (3, 6, 12) ou « boiteuses » à temps impairs (5, 7, 9, 10), fréquentes en musique orientale.
La nûba (appelée aussi « mâlûf ») est la grande suite qui structure tout un concert ; il en existe en principe une par mode. Elle enchaîne, dans un ordre immuable, une dizaine de phases — d'abord à mesures binaires, puis ternaires.
Prélude instrumental libre, non mesuré, joué à l'unisson par tout l'orchestre.
Ouverture instrumentale en 6/4, sous la conduite de la batterie — l'équivalent tunisien du bashraf.
Chant sur un poème classique : « la partie la plus noble de la nûba », au style sévère et solennel.
Chant lent en 4/4 (« largo »). On en choisit en général deux par suite.
Intermède instrumental brodé de variations, qui annonce le mode de la nûba suivante.
Premier chant de la série binaire : mouvement entraînant à huit temps. On en joue deux.
Premier chant de la série ternaire (6/4), « en gradins » ; un seul par nûba.
Chant ternaire « léger » en 3/4, de mouvement lent.
Le final : rythme ternaire très court (3/8), de plus en plus rapide, chargé de mélismes.
Improvisation instrumentale libre, non mesurée, par laquelle le soliste prend le ton du mode et en explore les degrés.
Chant solo improvisé, de style déclamatoire, sur les vers d'un poème classique ; le chanteur s'accompagne au luth.
Chants très « ouvragés » sur des poèmes strophiques (tawshîh, zajal), ornés de mélismes et de refrains.
Court récitatif modulé de quelques vers en arabe dialectal, d'origine bédouine, qui introduit une chanson.
Suite de chansons légères, traitées dans le style du malouf, offertes en divertissement après la nûba.
Pièce instrumentale d'ouverture ou d'interlude, d'origine turque (le peshrev), jouée à l'unisson.
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